25.07.2008

Nulla dies sine linea

Petit-Dictionnaire-Francais-Portatif.jpgOn dirait qu'ils se sont donné le mot! (Attention, l'auteur de cette phrase tient à préciser qu'il ne met aucun sous entendu derrière cette phrase et il se décharge, par avance, de toutes les conséquences qu'elle pourrait provoquer si elle était mise entre des mains malintentionnées ou, pire, entre les mains d'intellectuels pris d'un délire interprétatif. *note de l'auteur*) Pas un jour sans qu'une grande plume scribouillard, en mal de reconnaissance et qui veut montrer qu'il n'est pas moins doué que le petit camarade pour tirer sur l'ambulance, ne se mêle de secourir Philippe Val et d'enfoncer Maurice Siné (dont on oublie, au passage, symptomatiquement le prénom alors que pour Philippe Val ce n'est jamais le cas... D'ailleurs si on l'oubliait, Askolovitch ne pourrait pas écrire, sans rire, que Val compose des "philippiques" acérées, ce qui revient, au moins, à accorder à la rhétorique une vile valeur). *Promis, j'arrête avec les parenthèses, je sais à quel point c'est chiant.* Aujourd'hui c'est la chèvre avec sa barbiche de sous-officier Laurent Joffrin qui s'y colle, dans les colonnes de son propre journal, mais dans la rubrique "Rebonds" parce qu'il respecte la déontologie du journal et qu'il ne va pas mêler ses élucubrations antisinesques avec la ligne éditoriale du journal.

 

Que dit-il? La même chose que tous les autres mais doit-on s'en étonner? Encore une fois on démontre ils démontrent la vanité (au sens de vacuité) du journalisme français. Il revient, bien sûr, sur la vieillesse de Siné (reprenant la brillante remarque de BHL qui lui parlait de gâtisme) mais il l'élargit à tous les antisionistes d'extrême gauche qui deviennent, par identification, "cacochymes". J'ai essayé de comprendre pourquoi. J'ai tourné le problème dans tous les sens et j'en suis arrivé à la conclusion que le brillant éditorialiste voulait juste placer un mot-avec-y, c'est-à-dire un mot qui fait savant. Bon passons sur cette bassesse d'esprit qui fait qu'on attaque la personne sur son âge et voyons les autres perles de ce beau (mais malheureusement trop court) réquisitoire. Laurent Joffrin continue sur les traces encore fraîches laissées par BHL et fait un petit développement sur l'antisémitisme d'extrême gauche et de citer de grandes figures de gauche notoirement antisémites "Proudhon, Guesde, Déat..." Beau mouvement ternaire qui amalgame trois noms, les mettant sur le même plan. Pour Proudhon et Déat, j'étais au courant et c'est peut-être pour ça qu'ils encadrent Jules Guesde d'ailleurs mais la liste semble interminable à cause des points de suspension. C'est pratique les points de suspension. Il revient bien sûr sur l'affaire Dreyfus, sensée être, le péché originel de la gauche... Mais il oublie que Guesde n'était pas antidreyfusard, lui qui voyait dans le "J'accuse" de Zola "le plus grand acte révolutionnaire du siècle". Il n'a pas été suivi par son parti mais pas par antisémistisme mais simplement parce qu'ils pensaient (peut-être à tort) que cette histoire ne les concernait pas et qu'ils avaient des choses plus urgentes à régler (préparer la Révolution, par exemple). Guesde a aussi déploré que l'affaire Dreyfus n'ait pas permis un changement plus grand notamment dans le fonctionnement structurel de l'armée... Même s'il se réjouit qu'on ait relâché un innocent, il déplore le système de défense adopté par les dreyfusards qui n'ont pas su élargir le débat... Bref, ce qui m'horripile c'est cette nonchalance des journalistes qui balancent les infos que d'autres ont fait semblant de rechercher et c'est ce que fait Joffrin qui ne fait que reprendre ce que BHL a déjà écrit, jusqu'à cette pauvre citation sensée accabler la gauche de l'époque: "on ne va pas défendre un bourgeois."Procès historique et procès à l'Histoire. La gauche est essentialisée et ses héritiers touchés par des atavismes nombreux et pratiques quand on veut la décrier. Quelle pauvreté intellectuelle!

 

Il y a quand même une petite perle que notre ami Joffrin semble avoir trouvée tout seul: "S’agit-il d’un malentendu ? Dans ce cas, Siné pouvait le lever dès l’origine en corrigeant ses propos." Il l'a fait et à plusieurs reprises. Il n'a pas cessé de clamer que son propos n'était celui qu'on lui prêtait et il a même traduit en justice celui qui le diffame. Ce que veut dire notre ami Joffrin en fait c'est que Siné n'a pas accepté de se plier à la forme d'autocritique à laquelle Philippe Val voulait la contraindre. Siné avait même accepté de publier une chronique où il s'excusait auprès de "ceux que ses propos avaient pu choquer"... Mais le Parti Val demandait plus, une autocritique sous la forme d'un reniement, quelque chose de plus spectaculaire. Une humiliation publique en somme. Quelque chose que Siné ne pouvait pas accepter. C'est réussi. Mais il ne le voit aps de cet oeil notre ami Joffrin puisque c'est l'entêtement diabolique de Siné qui est à l'origine de cette affaire.

Pour finir et enfoncer le clou, notre brillant sémanticien/lexicologue essaie de nous expliquer la différence entre critique de la religion et le racisme: " attaquer une religion n’est pas attaquer une race. Réprouver l’intégrisme musulman et dénoncer le pouvoir supposé des juifs ce n’est pas la même chose. On est anti-intégriste dans le premier cas, raciste dans le second." Soit. Voilà qui est bien dit. Sauf que dans le texte de Siné on ne parle pas des "Juifs", nom propre qui est en fait un nom commun qui englobe tous les habitants de l'antique Judée et par extension leurs descendants mais du "judaïsme" (avec l'histoire de la conversion de Jean Sarkozy) et il utilise l'adjectif "juive" qui désigne autant la religion que peuple et si l'on se réfère au contexte (cf. la mention du mot "judaïsme") l'adjectif renvoie bien à la religion et non au peuple (ou à la "race" comme le dit Joffrin)... Si on veut pousser l'investigation linguistique plus loin, l'adjectif qualificatif "juive" est mis en apposition (ou en épithète détachée) et n'est pas épithète (liée) donc il prend une valeur circonstancielle et non pas essentielle...Mais pour saisir ces finesses peut-être que M. Joffrin aurait dû apprendre à manier la langue avant de se piquer d'écrire.

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Commentaires

Joffrin est passé pour un imbécile auprès de la grnade majorité de son lectorat internet au moins. La correction du mot " race" a été l'affaire du jour. Comme la réponse de Badiou à BHL a été celle d'hier.

C'est hallucinant tout ce que cette affaire a déclenché! Le battement d'aile d'un papillon...

Ecrit par : Manu | 25.07.2008

Les habits neufs de l'empereur en quelque sorte. ce serait bien que les vrais gens se rendent enfin compte que nos éditorialistes sont nus. Le texte de Joffrin n'était qu'une resucée du texte de BHL qui était déjà un peu foireux... Donc.

Ecrit par : L'avocat | 25.07.2008

selon wiki : Le terme de "philippique" est resté pour désigner une exhortation belliqueuse… ou comment s'instruire en lisant Libé… Merci Lolo Joffrin !

chouette papier !

quelques fautes de frappe à rectifier avant de le laisser prendre son envol aux 4 coins de la toile !!!

"il ne met aucubn sous entendu"
"Il revien, bien sûr"
"malheureusement trop cour)"
"sur les trces encore fraîches"
(y'en a d'autres, plus quelques accentuations hasardeuses)

enfin, je conseille (je ne pensais pas en arriver là !) le dernier papier de P. Cohen sur le site de Marianne. À l'écoute des lecteurs et étonnamment critique vis-à-vis de son éditeur P. Val… ('tention, hein, j'ai pas dit que c'était le papier de la semaine sur le sujet ! mais c'est vraiment pas mal)

amicalement

S.

Ecrit par : spino_for_ever | 27.07.2008

@spino

Merci pour les corrections, j'ai une fâcheuse tendance à pas relire. :-)

Pour ce qui est de la "philippique", même si c'est devenu un terme courant, sa connotation reste très laudative. C'est une exhortation belliqueuse mais visionnaire puisqu'elle fait directement référence aux discours prononcés par le grand orateur athénien Démosthène. Rapprocher Val de Démosthène, faut pas charrier. Et c'est pas Joffrin qui a osé cette comparaison mais Askolovitch qui parlait de "philippiques frémissantes" (sic). http://l-avocatdudiable.hautetfort.com/archive/2008/07/21/askolovitch-declare-sa-flamme-a-val.html

Ecrit par : L'avocat | 27.07.2008

Tout cela est fort bien vu. Et bien écrit. Merci !

Ecrit par : Nico | 27.07.2008

@Nico

Nico? C'est le Nico du bistrot?



Il récidive et, comme je le disais dans un autre billet, à cours d'arguments s'attaque à l'homme et à son passé. 1985, Dieudonné... Pitoyable stratégie.

le «rebond» publié sous ma plume vendredi («Charlie Hebdo : sanctionner l’antisémitisme») a suscité quelque émotion, notamment sur les forums du site Liberation.fr. Bien entendu, nous donnerons la parole dans le journal à ceux qui pensent autrement. Quelques précisions, en attendant. Outre l’emploi dans mon texte d’un mot inapproprié (1), la question principale est factuelle.

Les défenseurs de Siné clament que son texte n’a rien d’antisémite. Je tiens qu’il l’est : tout est là, l’association du juif, de l’argent et du pouvoir dans une phrase qui stigmatise l’arrivisme d’un individu (il s’allie à une juive riche pour parvenir) fait partie des clichés les plus classiques de cette littérature. Voilà mon raisonnement. Il existe de nombreux livres sur la question, les pétitionnaires peuvent s’y reporter avec profit.

A partir de là, Philippe Val (directeur de Charlie Hebdo), attaqué depuis avec une violence haineuse qui en dit long sur la mentalité de ses adversaires (il a même été caricaturé en nazi dans l’Express !) a jugé qu’il fallait dissiper le malentendu créé par cette publication. Il a eu raison. Siné l’a d’ailleurs bien senti, puisqu’il est convenu dans un premier temps, avant de se rétracter, d’un texte correctif. Il est vrai qu’il a déjà été traduit en justice en raison de propos plus anciens et que son soutien récent à l’humoriste Dieudonné ne plaide pas en sa faveur.

Quels propos ? En voici un extrait : «Je suis antisémite et je n’ai plus peur de l’avouer. Je vais faire dorénavant des croix gammées sur tous les murs. Je veux que chaque juif vive dans la peur, sauf s’il est propalestinien. Qu’ils meurent.»

A l’époque Siné avait affirmé qu’il était ivre et s’était excusé auprès de la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme). Pourquoi ne s’est-il pas excusé cette fois-ci?

(1) L’apparition du mot «race» dans un texte antiraciste n’est pas heureuse. Ainsi, comme la chose a été corrigée immédiatement sur le Net, il faut lire dans l’article de vendredi : «On peut choisir sa religion mais pas son origine.»

Ecrit par : L'avocat | 28.07.2008

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