04.04.2007

Les faits divers font encore (la) campagne

Les faits-divers, voilà ce qui fait basculer une campagne. Bon OK je m'étais planté, j'avais parié sur le mauvais évènement quand j'avais pronostiqué que cette histoire, pathétique, d'un fils de dix-huit ans obligé, par l'entreprise de pompes funèbres, de creuser lui-même la fosse dans laquelle son père allait être enterré, faute d'argent. OK la misère sociale ne paie pas. Trop banale. Je suppose donc que cet autre évènement, qui s'est déroulé dans une cantine où des élèves ont été mis au pain sec et à l'eau, parce que leurs parents n'avaient pas réglé la cantine, ne fera pas non plus une reprise suffisante pour se transformer en fat de société et en thème de campagne... Pourtant tous les ingrédients y sont, symbole d'une société inhumaine, symbole d'une régression de la société vers le XIXe siècle... Ségolène Royal s'en est emparé. Elle a raison. la famille c'est son dada. C'est bien tombé pour une fois. De même ce jeune étudiant d'origine guinéenne retrouvé mort, après avoir été battu et brûlé partiellement, aspergé d'essence... Il se pourrait que, dans une société excitée et fanatisée par des extrémistes politiques, on ait affaire à un crime raciste... Il faut, bien sûr, prendre toutes les précautions possibles puisque l'enquête n'a encore rien déterminé. La piste du crime raciste est une des pistes à explorer dans ces cas-là, je suppose. Ce crime, s'il s'avère tel, suscitera encore plus l'indignation et paraîtra plus horrible, je l'espère. Les gens auront sous les yeux un exemple de ce que peut faire une idéologie bestiale. Ou on peut rester fixés sur les échauffourées entre forces de l'ordre et jeunes en gare du nord. Revivre, ce qu'on a vécu en 2002. Des reportages incessants sur l'insécurité. Fait de société ultime et qui a droit à tous les égards. Champion toutes catégories des audiences. 

L'exploitation d'un fait divers n'est pas neutre. La surmédiatisation des faits de violence est un message politique en soi. L'insensibilité à la misère sociale grandissante est aussi un message politique. Et si c'était dans le traitement des faits divers qu'était le vrai combat politique? 

04.03.2007

Que se passe-t-il en Lepénie?

medium_thumbnail_28_.jpgJe sais pas pourquoi mais à l'écoute du discours lepéniste d'hier à Marseille, je me suis dit que le coeur n'y était plus. Une salle clairsemée et atone. Un tribun vieilli et qui trébuchait sur les mots sans pouvoir emballer la salle. Un discours éculé, mille fois répété, et dit, de surcroît, avec un manque de conviction patent. On est loin de la ferveur quasi mystique qui semblait émaner des meeting de Le Pen, de la fusion qui s'opérait entre le tribun et son public. Une ambiance proche de celle qui existe dans les sectes ou dans les mouvements religieux charismatiques où chaque individu ressent, l'espace d'un instant, son appartenance au groupe, où chaque personne s'abandonne et se laisse porter par la vague délirante qui envahit la foule. Là c'était plutôt morose. Même la manifestation organisée pour protester contre la venue de Le Pen n'a pu réunir que 200 personnes. Là encore on est très loin des grandes manifestations anti FN des grands jours qui rassemblaient plusieurs dizaines de milliers de personnes. Et si l'arme la plus efficace contre Le Pen était l'indifférence.

Pour ce qui est du discours, Le Pen revient à son fond de commerce traditionnel. Plus de discours centristes. Le B-A ba lepéniste était de mise. Immigration. J'ai pas pu compter le nombre de fois où ce terme a été prononcé. J'ai pas pu dénombrer les sujets auxquels l'immigration était liée. L'impression générale c'est que l'immigration était le mal suprême et unique de la France. Le logement, le pouvoir d'achat, la santé, l'insécurité, l'école... Bien sûr, c'est de la dernière vague d'immigration dont il s'agit. Il nous l'assure, plus question de racisme.

On est à Marseille, il faut faire un clin d'oeil aux harkis et aux pieds-noirs. Il le fait en introduction de son discours. La salle répond à peine. Les vieilles ficelles ne semblent plus faire recette. En fin de discours il tente de sortir de derrière son pupitre et de déambuler, façon stand-up, en improvisant devant son public. C'était sa marque de fabrique. C'était ce qui faisait sa force, sa relation privilégiée avec  son public mais encore une fois ça réagit à peine. Peut-être son public sent-il confusément que la star tarde à quitter la scène. Peut-être que cette campagne est celle de trop. Qu'il aurait dû se retirer après avoir frappé les esprits en 2002. Peut-être qu'il aurait dû partir en pleine gloire...