01.05.2007

Le Pen en route pour les législatives

medium_CAKXGJ4N.jpgLe vrai cocu de ce deuxième tour c'est bien Le Pen. Possédé et délaissé pour les appâts plus doux de Bayrou, il cherche à se remettre au centre. il veut à nouveau qu'on le regarde, qu'on le désire comme il a tant été désiré au premier tour par Sarkozy. Avec des accent de belle éconduite il veut se venger, venger sa pudeur perdue, venger ses beaux yeux délaissés.

Il enrage surtout d'avoir été possédé, de s'être laissé avoir comme un bleu, d'avoir laissé Sarkozy braconner sur ses terres, de l'avoir laissé les labourer et même les moissonner.

Pour se remettre au centre des débats, une seule solution peser. Peser ou disparaître. S'il ne remobilise pas très vite, les législatives pourraient voir le FN s'étioler définitivement. Il faut donc créer une dynamique avant le lancement même des législatives et comme la seule échéance qui sépare présidentielles et législatives c'est le second tour...

Il va falloir faire démonstration de force lors de ce deuxième tour et ce sans être qualifié. Une seule solution: l'abstention. L'abstention de mass, cela va sans dire. C'était prévisible. C'était sa seule chance. Surtout que sa maison brûle.

"Naboléon" reprend du poil de la bête et attaque très clairement Marine Le Pen, successeur auto-désignée de son père. La succession. Seul moyen d'éviter la félonie et le puputch pour imposer sa succession, avoir une maison forte et en ordre. La fin de règne semble difficile. 

L'enjeu est énorme pour Le Pen qui joue sa dernière carte. Si la participation est plus forte qu'au premier tour, ce sera un désaveu cruel et sans appel. Si les abstentionnistes deviennent significatifs, il pourra aborder les législatives de manière sereine. Compter ses forces. Abstention= Le Pen?

 

 

25.04.2007

Ralliez-vous à mon panache rose ou bleu

medium_CAY1I1OT.2.jpgTout le monde regarde vers Bayrou mais on oublie Le Pen. On a tué Le Pen un peu vite. La cause? Son petit score (tout relatif), sa vieillesse, le fait qu'il ne donne jamais de consigne de vote au second tour... Surtout la dernière raison, d'ailleurs. Sauf que voilà, tout pourrait changer. La cause? Sa vieillesse, son petit score (relatif) et l'envie de faire un pied de nez à Sarkozy. Un coup de tête final et rageur en guise de pot de départ. Ce n'est un secret pour personne, il ne se représentera pas. Ce n'est un secret pour personne, il risque d'avoir quelque mal à imposer sa fille à la tête du mouvement après la campagne calamiteuse (ou supposée telle) qu'elle vient de faire mener à papa. Le mouvement après les Le Pen ou sans les Le Pen, Le Pen s'en fout un peu. L'avenir du mouvement sans les Le Pen, Jean-Marie risque de le sacrifier, pour faire couler le bateau avec lui et, si possible, pour entraîner Sarkozy dans sa noyade... OK, je pars avec un présupposé c'est qu'il a envie de faire perdre Sarko mais ça me paraît tellement évident que je ne vais même pas développer. On va dire que c'est une conviction intime et forte. Reste à savoir comment on fait.

Appeler à voter Royal. Je crois que tout le monde sera d'accord pour dire que c'est impossible. Impossible parce que tout le monde se foutrait de sa gueule. Impossible parce que ça ferait pas forcément beaucoup de bien à Royal. Impossible parce que l'électorat ne suivrait pas dans un tel projet. Donc éliminons cette solution.

Appeler à voter Sarkozy. Possible. Des convergences de programme. Une proximité idéologique. Mais vous me direz en quoi cela affaiblit-il Sarko. Je vous réponds que d'une part les reports de voix FN sur Sarko sont déjà très favorables (70% si je ne m'abuse) et que donc déjà en appelant à voter pour lui il ne saurait lui apporter énormément plus de voix... De plus, et surtout, en appelant à voter pour lui, il fait fuir les Républicains convaincus qu'ils soient centristes ou même sarkozystes sans être sarkolâtres...

Je vous accorde que cette stratégie ne fonctionne que si l'on accepte deux conditions. D'abord que Le Pen fasse peu de cas de l'avenir de son parti. Ensuite, et surtout, qu'à droite la frontière entre extrême droite et droite républicaine veuille encore dire quelque chose et que les gens de droite veuillent la maintenir. C'est pas toujours évident. On peut tout de même parier sur l'intelligence des gens et surtout sur leur sens de l'honneur, fussent-ils de droite.

Appeler à voter blanc. Probable. Cette stratégie est la plus probable car la plus à même de ne pas heurter l'électorat lepéniste, la plus à même de ne pas hypothéquer l'avenir du parti, la plus à même de réussir... L'appel à voter blanc, s'il est bien suivi, risque de porter un grand préjudice à sarkozy en lui enlevant une grande partie des réserves de voix qu'il avait à l'extrême droite, autant sur les voix FN que sur les voix Villiers, voire Nihous. Cet appel s'il est bien relayé et s'il prend des accents anti-système, qui ont un écho très favorable en France, pourrait très bien dépasser les frontières des électeurs FN. Bien plus, Le Pen profitant du fort taux de participation au premier tour pourrait faire un pari facile en misant sur une participation plus faible au second. Il pourrait donc s'attribuer, de manière opportune, ce différentiel d'électeurs et donner l'impression de peser de manière excessive sur le second tour... Il serait présent, fût-ce virtuellement, dans la bataille de deuxième tour et pourrait prendre une revanche ultime sur ses deux concurrents et surtout sur Sarkozy, sans se renier. Si sa consigne est bien suivie, ce sera le chant du signe du vieux frontiste et un coup d'éclat magistral.

Une condition. Que l'électorat frontiste soit assez obéissant. 

 

08.02.2007

Le sarkozisme est-il un humanisme...

medium_thumbnail_81_.jpgEtonnante Marine! Invitée sur LCP, aujourd'hui, elle s'est permis de donner des leçons de mesure aux journalistes et surtout à M. Sarkozy. Questionnée sur la sortie de Nicolas Sarkozy sur le mouton, l'excision, la polygamie, elle a jugé cette position extrême, outrée, caricaturale et, sommes toutes, très insultante et pour les musulmans et pour l'électorat du FN. Elle a insisté sur le fait que Sarkozy se trompait sur la nature de l'électorat FN. Sur la formule "la France aimez-la ou quittez là", elle a rappelé que c'était un slogan FN qui avait plus de 20 ans et que M. Sarkozy ferait mieux de s'inspirer et d'imiter les idées du FN d'aujourd'hui plutôt que d'un FN dépassé. Ringardisé Sarkozy par une Marine Le Pen souriante et ostensiblement plus ouverte. 

Marine Le Pen s'est même permis de reprendre un des journalistes qui avait osé parler de populations "d'origine musulmane". "Musulman que je sache, n'est pas une nationalité, ou un pays..." Prends ça dans ta gueule! Et le journaliste de ânonner et de bredouiller une explication qu'on a du mal à entendre. Elle est coriace la fille Le Pen, offensive, à l'affut du moindre écart. Une avocate efficace du nouveau visage que veut incarner le FN, plus respectable, moins baroque, plus mesuré. Du coup elle se paie le luxe de droitiser Sarkozy qui se retrouve loin sur la droite du FN. 

La stratégie d'endiguement du FN entreprise par Sarkozy et dans une moindre mesure par de Villiers semble être battue en brèche par un nouveau positionnement du FN sous la houlette d'une Marine Le Pen qui veut incarner une nouvelle génération. Je comprends mieux pourquoi on la met systématiquement en avant... Outre le fait que papa est passablement vieux et ne pourra pas faire une campagne marathon comme il avait l'habitude de le faire, c'est surtout parce que Marine est bonne dans le débat, elle arrive comme papa à donner le change et à ne laisser aucune chance à ses adversaires ou aux journalistes. 

Et le sarkozisme alors? Le sarkozisme est fait de bouts de ficelles, de bric et de broc, un cocktail idéologique détonnant... Il joue avec des rhétoriques qui sont à double tranchant. Grâce à Sarkozy, le FN peut apparaître comme mesuré, fréquentable. On parlait de la lepénisation des esprits mais là on semble être allé plus loin. A vouloir être plus royaliste que le roi, on risque gros politiquement. L'érosion de la base politique du FN n'est pas à l'ordre du jour. La stratégie de Sarkozy ne semble pas porter ses fruits mais Sarkozy s'entête à vouloir enfoncer le même clou... Quel risque? Un élargissement de la base électorale à l'extrême droite... Une propagation sans contrôle des idées xénophobes, des idées de repli identitaire, des idées de rejet de l'autre... Une France fracturée, méfiante, radicalisée.