04.08.2008

Lettre ouverte de Siné à Philippe Val

 
Paris le 4 aout 2008,

Philippe,
Tu dois être fier de toi de m’avoir, comme tout bon patron qui se respecte, viré comme un malpropre (et sans indemnité), depuis le temps que tu en rêvais.
Le hic, c’est que tu es tombé sur un os. Le "vieux" te donne du fil à retordre et, si j’en crois la rumeur, le fil en question est plutôt barbelé !
Cette peu glorieuse attitude ne m’étonne pas de toi, mais celle de l’équipe à la fois pute et soumise, me bouleverse, sauf quelques rares exceptions qui ont réussi à résister à ta pression et ont accepté de signer la pétition en ma faveur qui, au moment où je t’écris, a dépassé les 10.000 signatures !

Dans ce combat truqué d’avance, où j’ai refusé de me coucher, il y a dans le coin droit du ring, toi et tes soigneurs qui te glissent du plomb dans les gants : Claude Askolovitch, Alexandre Adler, Maitre Goldnadel, Pascal Bruckner, Laurent Joffrin, Bertrand Delanoë, Elie Wiesel, Dominique Voynet, Bernard Henri Lévy, Jean Claude Gayssot, Claude Lanzmann, Fred Vargas… j’en passe et des pires.

Et dans le coin gauche, moi et les miens : Gisèle Halimi, Guy Bedos, Rony Brauman, Jean-Luc Godard, Jean Nouvel, Edgar Morin, Michel Onfray, Philippe Geluck, François Maspero, Pétillon, Gilles Perrault, Willem, Clémentine Autain, Bruno Masure, Marina Vlady, Regine Deforges, Wiaz, Fernando Arrabal, Michel Warschawski, Marcel-Francis Kahn, Olivier Besancenot, Gus Massiah, Gérard Filoche, Marina Vlady, j’en passe et des meilleurs….

A la seule lecture des ces noms, tu as déjà perdu le combat aux points. Il ne me reste plus qu’a te mettre K.O
Compte sur moi, tu vas aller au tapis avant le 15e round.
Ta cote n’est guère brillante chez les parieurs !

Siné

PS : Après que les nationalistes corses aient fait exploser ma maison il y a 4 ans, des extrémistes juifs me menacent aujourd’hui. Hier j’ai déposé plainte contre X pour menaces de mort par messages téléphoniques et par internet.

01.08.2008

Licence to kill

espagneCorridaLasVentascManuelGonzalezOlaecheayFranco275.jpg« Pour notre part, nous ne pouvons supporter de voir le démocrate, le défenseur et le garant des principes traité comme s'il était l'agresseur et le coupable. C'est pourquoi nous entendons apporter notre entier soutien à Philippe Val et à la rédaction de Charlie Hebdo pour la constance de leur engagement contre le racisme, l'antisémitisme et toutes les formes de discrimination. » Une palme pour l'ensemble de son oeuvre en quelque sorte. Cela ne m'aurait pas dérangé dans d'autres circonstances... Mais là il s'agit de lyncher purement un autre homme qui a, quand même, un palmarès plus étoffé en la matière ,et ce  de l'avis de tous. Vous me direz que c'est pas la première fois qu'une telle injustice est commise, que ça arrive souvent de primer les tocards et de passer à côté des artistes. C'est même souvent comme ça qu'on reconnaît les vrais artistes des tocards... bien souvent. Les prix décernés par les petites coteries de prétendus spécialistes ne vont qu'aux amis et aux connivents, pas aux vrais artistes, tout le monde en est maintenant conscient. Le jugement est faussé et la décision est prise avant délibération. On a beau le savoir, ça ne passe toujours pas. Idéalistes que nous sommes!

 

Et si encore ils s'étaient arrêté là... Ils ont poussé le vice jusqu'à décerner une autre palme. Une palme inédite, inouïe, juste pour l'occasion. Une palme d'infamie. Pour l'ensemble d'une oeuvre. Des années de travail, de patience, de courage et la reconnaissance de la profession... D'ailleurs c'est même pas la profession qui s'exprime,, dans ce cas précis, aucun gars de la profession n'a signé... Sfar? Non! C'est un philosophe, un intellectuel pas un caricaturiste... Il s'y est essayé mais il faut avouer qu'il n'a pas fait long feu. Pas assez de talent. Le verdict a été sévère. C'est vrai qu'il en faut du talent pour croquer, caricaturer, être bête et méchant... et faire rire. La carrière de Bob Siné a été longue, très longue, c'est même un exemple de longévité mais ils ont décrété que c'était de la merde. De la merde, au passage, ceux qui l'ont lu, ceux qui le soutiennent et ceux qui auront le malheur de rire à une de ses blagues... Si tant est qu'on lui permette, un jour, quelque part, de refaire une blague. Ceux qui ont signé n'ont jamais lu une ligne de Siné, mais c'est pas ce qui les arrête.

 

Ils sont vingt. Pourquoi ce chiffre de vingt? Qu'est-ce qu'on doit entendre? Vingt contre 2000. Oui c'est le nombre qui circule (nombre probablement faux puisqu'on doit être beaucoup plus nombreux aujourd'hui...), oui on est 2000 selon la police les journaux à avoir signé la pétition de soutien à Siné... Bingo, eux il seront 20. Vous me direz 20 contre 2000 on gagne! Naïfs! Idéalistes et naïfs. Dans leur esprit, c'est comme dans certains jeux de cartes, ce n'est pas l'unité qui compte mais la valeur de l'unité. Selon leurs calculs savants, 20 correspondent à 2000000. Ben oui faut voir le gratin qu'ils ont aligné. La perte d'un seul de ces esprits serait plus dommageable pour la culture que la perte de 100000 péons comme nous. Il faut en prendre notre parti les gars, on est des bouses et pis c'est tout.

 

Au fait je ne vous ai pas dit pourquoi ils condamnaient Siné... Peut-être le savez-vous parce que vous avez déjà lu leur manifeste des 20. Sinon tenez-vous bien parce que « c'est du lourd ». Moi, qui vous parle et qui ai suivi tous les soubresauts de cette saga de l'été, sponsorisée par le Nouvel Obs, Charlie Hebdo, Libé Marianne et même Gala, j'ai été surpris de la gravité de la dernière attaque de nos pétitionnaires élitistes. Ils ont sorti la grosse Berta (ne soyez pas vulgaires, je ne parlais pas de Bertrand Delanoë, pauvre Bertrand!). Fini de rire. Comme ils ne pouvaient plus l'attaquer sur le fond de sa dernière chronique où ils n'ont rien trouvé à se mettre sous la dent, ils défouraillent à tout va. Ils ressortent toutes les chroniques et déclarations passées (pendant toutes ces années il a dû en dire des conneries et d'ailleurs on le payait pour ça...) et, loin de les citer dans leur contexte et surtout de manière honnête, c'est-à-dire complète, ils tronquent et falsifient...

 

Vous me direz que je n'ai pas les déclarations en question et que je parle sans savoir... J'ai au moins la dernière chronique incriminée, celle qui a mis le feu aux poudres... Et le passage qu'ils citent est non seulement tronqué (de plus en plus au fil du temps), décontextualisé mais en plus faussé... ils s'acharnent bizarrement à faire disparaître les virgules et à réécrire la chronique. Je l'ai déjà dit, ce n'est pas « fiancée juive » mais « fiancée,juive ». Quelle différence? Il y en a une sinon ils ne le feraient pas. Épithète liée et épithète détachée, ce n'est pas la même chose... D'un côté l'adjectif « juive » est essentiel, de l'autre il est contingent. Pour que leur condamnation marche, il faut que « juive » soit essentiel et non contingent. C'est très important parce que la citation se réduit maintenant à « fiancée, juive »; faire disparaître les virgules c'est vraiment fausser le sens, sans parler de l'intention qui pourrait éventuellement se déduire, dans une perspective pragmatique, du contexte mais il a complètement disparu... S'ils ont mis autant de soin à citer les autres passages incriminés, je ne donne pas cher de leur honnêteté intellectuelle. Toujours est-il que les citations sont gratinées et Siné apparaît comme l'antithèse de l'homme civilisé: tour à tour homophobe, raciste, sexiste, et antisémite. Je trouve que ça fait beaucoup pour un seul homme.

 

Ce qui était en germe dans les prises de positon précédentes est maintenant clairement affiché. Une entreprise de démolition systématique de la vie d'un homme est mise en place et avec quelle implacable logique! Salir définitivement Siné en résumant sa vie à des dérapages plus ou moins avérés. Un procédé qui n'honore vraiment pas les signataires. Pour certains, j'en suis même un peu triste. Des autres, je n'en attendais pas moins. Ils étaient habitués à faire les sales besognes. Des nettoyeurs (ou des salisseurs c'est tout comme). Leur mission éliminer du champ médiatique ceux qui les gènent. Là ils font mieux, ils  tuent symboliquement et socialement. un homme. Rien de plus terrifiant. Et c'est ces mêmes gens qui dénoncent les méthodes des années 30. Qui leur donne le droit de mettre à mort? Quelle est leur légitimité? Il y a des tribunaux pour ça. Si l'on doit juger Siné, qu'on le fasse mais pas comme ça. Pas en le condamnant avant de l'avoir jugé, avant d'avoir établi les faits. Pas avant d'avoir permis à la défense de s'exprimer. Là non seulement on ne l'entend pas, la défense, mais en plus on la condamne avec l'accusé. Inouï. C'est un abus de pouvoir évident. Tous ces gens qui valent plus que le signataire moyen ont un pouvoir exorbitant, injuste et anti démocratique.

 

 

Qu'on apporte, les oreilles et la queue (et les couilles) à Val!

 
 
 
 
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26.07.2008

Pauvre Adler! Pauvre France!

alexandre-adler.jpgOui, je sais, je n'aurais pas dû. J'en avais assez lu des torchons . Joffrin, déjà, hier, ça a été une vraie souffrance. Je pensais que la brochette était au complet et qu'on en finirait avec les interventions outrées et outrancières de nos éditorialistes omniprésents. Et ce matin, en pianotant "Siné", je tombe sur la réaction toute fraîche de l'ami Adler dans les pages débats du Figaro. Je vous avouerais aussi que je ne m'y aventure que très peu. C'est un milieu hostile. Ces marécages insalubres et pestilentiels peuvent vous faire attraper le palu en moins de deux. J'ai donc essayé de m'y exposer le moins possible. Malgré ça, je crois que j'ai été atteint. La fièvre et une sensation persistante malgré la prise répétée d'anti émétiques.

Adler! Adler est un récidiviste! Il en avait déjà parlé de l'affaire! Sur France Culture. Dans sa fameuse rubrique sur la politique internationale. L'affaire Siné, priorité absolue dans l'actualité internationale. Et au Figaro quel est son rôle? Chroniqueur spécialiste de la géopolitique...
"Adler en chroniques
Alexandre Adler partage
sa vision géopolitique
d’un événement."

Verba volant, scripta manent. Ce n'est plus tout à fait vrai, la preuve, mais Adler est d'une autre génération (mais je ne l'accuserai pas de gâtisme) et il s'est cru obligé de nous infliger un écrit plein des mêmes raccourcis, des mêmes généralisations abusives et de la même pensée dont il fait preuve. Son système, son crible, sa grille de lecture? Tout le monde il est antisémite. Dès le titre, il annonce la couleur. L'injustice faite à Siné est une nouvelle occasion pour lui de répéter sa rengaine. "L'antisémitisme, ciment du vertige identitaire."

Ca a commencé comme ça: " L'antisémitisme est une bien vilaine chose, même sur le plan esthétique, si l'on oublie Wagner et Céline ; en tout cas, sur le plan moral et, bien souvent, sur le plan politique, malgré les satisfactions que certains y cherchent à court terme. Mais si l'on accepte un point de vue plus immanent que transcendant, on y verra surtout les vertiges et les trébuchements de sociétés, au demeurant forts diverses, qui sont en train de perdre leurs repères essentiels." Déjà on comprend rien. Est-il besoin de commenter? L'antisémitisme dans l'ouvre de Céline, je vois à peu près... mais dans l'oeuvre de Wagner, je vois plus difficilement. Wagner était notoirement antisémite mais est-ce que ça transparaît dans ses oeuvres, j'avoue que j'en sais rien, n'étant pas grand amateur de Wagner. Après je vois à peu près ce que veulent dire "immanent" et "transcendant", parce que j'ai suivi, d'une oreille distraite, des cours de philo en terminale, mais j'avoue encore mon ignorance quant au sens à leur donner dans ce contexte précis. Je vois bien qu'on essaie d'en imposer encore une fois non seulement par des références artistiques et esthétiques mais aussi par le recours à des concepts très abstraits, pour le reste, je ne comprends pas très bien le propos. C'est peut-être de ma faute (ou pas) et si quelqu'un avait la charité de m'éclairer, je lui en serais reconnaissant.

Le plus triste c'est que c'est à partir de ce fatras incompréhensible du début qu'Adler nous propose d'examiner l'affaire Siné. "Examinons donc, sous cet angle, l'affaire Siné." La mise en perspective de l'affaire, je veux bien mais encore faut-il que la perspective ait un quelconque sens. Toujours est-il que c'est grâce àl'appui précieux des concepts d'immanence et de transcendance qu'il a mis en place dans ce qu'il est convenu d'appeler son introduction qu'Adler peut affirmer tout de go: " Il ne devrait pas y avoir le moindre doute sur le caractère antisémite des propos de l'auteur." Alors c'est la transcendance ou l'mmanence qui lui permet de dire ça? Je devrais le soumettre au vote des mes rares lecteurs et faire un petit sondage express...

Il poursuit en rappelant ce que l'avocat Goldnadel avait mis opportunément au jour, à savoir que Siné a été condamné par le passé pour antisémitisme. Je ne sais pas exactement quand... Toujours étant le mot antisémitisme n'est plus prononcé par Adler et il est remplacé par le mot "outrage"... Est-ce qu'il y a eu une vérification du jugement entre temps? Des outrages, je crois que Siné en a effectivement un certain nombre à son actif.Quoi qu'il en soit, on voit le procédé et on comprend tout de suite à quel point il est rance. Comme les défenseurs de Siné ont eu la bêtise d'argumenter en s'appuyant sur le passé de militant de Siné pour accréditer la moralité du personnage au lieu de se contenter de rappeler que le passage incriminé n'avait aucun caractère antisémite, Adler attaque cette moralité en s'attaquant à l'homme au lieu de démontrer "l'antisémicité"de la chronique... Il enfonce donc le clou en insinuant que Siné n'est pas anar mais stalinien! Anar devient, pour la première fois, et fort à propos, positif dans la bouche d'Adler qui fait montre d'une admiration sans bornes pour les anarchistes. Siné n'a aucune espèce de ressemblance avec ces héros de la démocratie, Siné est un Stal. Tout est dit. L'homme Siné est doublement voire triplement sale. Donc il faut le condamner.

Vous vous dites que pour le moment on ne voit pas bien le pourquoi du titre ni le comment de l'introduction mais c'est parce qu'on n'a pas encore atteint le fond de la pensée du chroniqueur, ce qui subsume tout et lui donne cohérence. Pas besoin de longs commentaires, je vous laisse savourer ses mots: "Qu'est-ce qui unit de part le monde un islamiste marocain, un communiste russe déçu, un pasteur africain-américain ségrégationniste à l'envers, un intellectuel anglais semi-aristocratique et antiaméricain… et un adversaire rabique du président Nicolas Sarkozy, qui voit en lui l'inacceptable promotion de l'étranger ? L'antisémitisme sert ici de ciment à un authentique vertige identitaire. Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Et pourquoi les juifs semblent-ils ne pas souffrir de ce même vertige ?" La théorie unificatrice, la théorie globale, les scientifiques en rêvaient, Adler l'a trouvée et avec une économie de concept déconcertante. Il est pas fabuleux cet Adler?

"Mais revenons un instant sur la haine antisarkozyste". Oui, mon chéri, revenons-y. Vous voyez où il veut en venir? Vous ne voyez pas? Je comprends parce que c'est assez inédit, incroyable, irrationnel... "et voici que les antisémites, comme un essaim de mouches, s'en prennent à sa personne, ou, le cas échéant, à celle de son fils." Eh ouais, eh ouais... Je vous l'avais bien dit ça calme!

Après ça si je vous dis que l'affaire Siné est, par la force de l'analogie aléatoire, l'affaire dreyfus, que les sinards sont des anti dreyfusards et les anti sinards des dreyfusards, vous ne scillerez même pas, blasé que vous êtes par tout ce que vous venez de lire.C'est peut-être ça la méthode: l'effet boule de neige qui se transforme en avalanche et qui emporte tout sur son passage y compris le bon sens du lecteur...

Mais, cher lecteur, réjouis-toi, même les lecteurs du Figaro ne semblent pas avoir mordu à l'hameçon. Je t'invite à lire les commentaires et autres réactions à ce torchon d'Adler. Tu auras au moins l'occasion de te détendre un peu.
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25.07.2008

Nulla dies sine linea

Petit-Dictionnaire-Francais-Portatif.jpgOn dirait qu'ils se sont donné le mot! (Attention, l'auteur de cette phrase tient à préciser qu'il ne met aucun sous entendu derrière cette phrase et il se décharge, par avance, de toutes les conséquences qu'elle pourrait provoquer si elle était mise entre des mains malintentionnées ou, pire, entre les mains d'intellectuels pris d'un délire interprétatif. *note de l'auteur*) Pas un jour sans qu'une grande plume scribouillard, en mal de reconnaissance et qui veut montrer qu'il n'est pas moins doué que le petit camarade pour tirer sur l'ambulance, ne se mêle de secourir Philippe Val et d'enfoncer Maurice Siné (dont on oublie, au passage, symptomatiquement le prénom alors que pour Philippe Val ce n'est jamais le cas... D'ailleurs si on l'oubliait, Askolovitch ne pourrait pas écrire, sans rire, que Val compose des "philippiques" acérées, ce qui revient, au moins, à accorder à la rhétorique une vile valeur). *Promis, j'arrête avec les parenthèses, je sais à quel point c'est chiant.* Aujourd'hui c'est la chèvre avec sa barbiche de sous-officier Laurent Joffrin qui s'y colle, dans les colonnes de son propre journal, mais dans la rubrique "Rebonds" parce qu'il respecte la déontologie du journal et qu'il ne va pas mêler ses élucubrations antisinesques avec la ligne éditoriale du journal.

 

Que dit-il? La même chose que tous les autres mais doit-on s'en étonner? Encore une fois on démontre ils démontrent la vanité (au sens de vacuité) du journalisme français. Il revient, bien sûr, sur la vieillesse de Siné (reprenant la brillante remarque de BHL qui lui parlait de gâtisme) mais il l'élargit à tous les antisionistes d'extrême gauche qui deviennent, par identification, "cacochymes". J'ai essayé de comprendre pourquoi. J'ai tourné le problème dans tous les sens et j'en suis arrivé à la conclusion que le brillant éditorialiste voulait juste placer un mot-avec-y, c'est-à-dire un mot qui fait savant. Bon passons sur cette bassesse d'esprit qui fait qu'on attaque la personne sur son âge et voyons les autres perles de ce beau (mais malheureusement trop court) réquisitoire. Laurent Joffrin continue sur les traces encore fraîches laissées par BHL et fait un petit développement sur l'antisémitisme d'extrême gauche et de citer de grandes figures de gauche notoirement antisémites "Proudhon, Guesde, Déat..." Beau mouvement ternaire qui amalgame trois noms, les mettant sur le même plan. Pour Proudhon et Déat, j'étais au courant et c'est peut-être pour ça qu'ils encadrent Jules Guesde d'ailleurs mais la liste semble interminable à cause des points de suspension. C'est pratique les points de suspension. Il revient bien sûr sur l'affaire Dreyfus, sensée être, le péché originel de la gauche... Mais il oublie que Guesde n'était pas antidreyfusard, lui qui voyait dans le "J'accuse" de Zola "le plus grand acte révolutionnaire du siècle". Il n'a pas été suivi par son parti mais pas par antisémistisme mais simplement parce qu'ils pensaient (peut-être à tort) que cette histoire ne les concernait pas et qu'ils avaient des choses plus urgentes à régler (préparer la Révolution, par exemple). Guesde a aussi déploré que l'affaire Dreyfus n'ait pas permis un changement plus grand notamment dans le fonctionnement structurel de l'armée... Même s'il se réjouit qu'on ait relâché un innocent, il déplore le système de défense adopté par les dreyfusards qui n'ont pas su élargir le débat... Bref, ce qui m'horripile c'est cette nonchalance des journalistes qui balancent les infos que d'autres ont fait semblant de rechercher et c'est ce que fait Joffrin qui ne fait que reprendre ce que BHL a déjà écrit, jusqu'à cette pauvre citation sensée accabler la gauche de l'époque: "on ne va pas défendre un bourgeois."Procès historique et procès à l'Histoire. La gauche est essentialisée et ses héritiers touchés par des atavismes nombreux et pratiques quand on veut la décrier. Quelle pauvreté intellectuelle!

 

Il y a quand même une petite perle que notre ami Joffrin semble avoir trouvée tout seul: "S’agit-il d’un malentendu ? Dans ce cas, Siné pouvait le lever dès l’origine en corrigeant ses propos." Il l'a fait et à plusieurs reprises. Il n'a pas cessé de clamer que son propos n'était celui qu'on lui prêtait et il a même traduit en justice celui qui le diffame. Ce que veut dire notre ami Joffrin en fait c'est que Siné n'a pas accepté de se plier à la forme d'autocritique à laquelle Philippe Val voulait la contraindre. Siné avait même accepté de publier une chronique où il s'excusait auprès de "ceux que ses propos avaient pu choquer"... Mais le Parti Val demandait plus, une autocritique sous la forme d'un reniement, quelque chose de plus spectaculaire. Une humiliation publique en somme. Quelque chose que Siné ne pouvait pas accepter. C'est réussi. Mais il ne le voit aps de cet oeil notre ami Joffrin puisque c'est l'entêtement diabolique de Siné qui est à l'origine de cette affaire.

Pour finir et enfoncer le clou, notre brillant sémanticien/lexicologue essaie de nous expliquer la différence entre critique de la religion et le racisme: " attaquer une religion n’est pas attaquer une race. Réprouver l’intégrisme musulman et dénoncer le pouvoir supposé des juifs ce n’est pas la même chose. On est anti-intégriste dans le premier cas, raciste dans le second." Soit. Voilà qui est bien dit. Sauf que dans le texte de Siné on ne parle pas des "Juifs", nom propre qui est en fait un nom commun qui englobe tous les habitants de l'antique Judée et par extension leurs descendants mais du "judaïsme" (avec l'histoire de la conversion de Jean Sarkozy) et il utilise l'adjectif "juive" qui désigne autant la religion que peuple et si l'on se réfère au contexte (cf. la mention du mot "judaïsme") l'adjectif renvoie bien à la religion et non au peuple (ou à la "race" comme le dit Joffrin)... Si on veut pousser l'investigation linguistique plus loin, l'adjectif qualificatif "juive" est mis en apposition (ou en épithète détachée) et n'est pas épithète (liée) donc il prend une valeur circonstancielle et non pas essentielle...Mais pour saisir ces finesses peut-être que M. Joffrin aurait dû apprendre à manier la langue avant de se piquer d'écrire.

24.07.2008

En avoir ou pas?

image002.jpgEdito de Val dans le Charlie Hebdo après l'affaire. Pas un mot sur l'affaire! Mais on en parle sans en parler. Ce doit être ça le raffinement et le savoir vivre, ne parler que de manière oblique voire retorse. Donc au lieu de répondre directement et sur le fond à ses contradicteurs, Val se lance dans une de ces diatribes dont il a le secret sur un ton de tout fout le camp ma bonne dame et c'était mieux avant. Tout fout le camp surtout la politesse. Et tout ça c'est surtout à cause d'internet. La politesse, les bonnes manières et summum de la politesse la courtoisie (condition du féminisme parce qu'il faut bien mettre tout ça en relation avec de grands combats de Charlie Hebdo). Voilà les valeurs fondatrices de notre démocratie et de toute démocratie. Rien que ça! Donc il faut défendre la politesse. CQFD. Quand  môsieur Val sefait chahuter par les copains dans la cour de récré, c'est la démocratie qui vacille.  Bon, bon on attaque pas les mères ni les grands-mères, promis. Valou . En échange on a le droit de dire "couilles", OK?Tu vois on peut dire des gros mots et être civilisés Valinou...

Comme Val ne peut jamais faire dans le lapidaire ni dans le simple, il se lance dans une longue digression historique à la recherche des racines de la politesse. Il trouve à coup sûr! C'est le XVIIe siècle, à n'en pas douter! Si vous ne comprenez pas d'où ça sort c'est que vous êtes des benêts doublés d'incultes et vous n'aurez aucune explication parce que vous ne la méritez pas. Et il cite, à l'appui de son propos, le nom de Molière et le titre d'une de ses pièces: L'Ecole des femmes. Et aussi La Fontaine (pourquoi pas? C'est bien La Fontaine). J'ai plus l'édito sous les yeux et le relire me serait fastidieux mais il dit « en substance » que c'est là que se cristallise le souci de l'autre et notamment le respect des femmes! Boarf. Il aurait mieux fait de citer Tartuffeoù la politesse est synonyme d'hypocrisie et surtout de maîtrise parfaite d'une langue qui sert à masquer plus qu'à montrer (Oserais-je dire qu'elle sert à niquer plus qu'à communiquer? Non je n'ose pas. Oserais-je citer la seule phrase que j'aie retenu de cette pièce, phrase qui au demeurant est connue de tous? Phrase qui a l'avantage d'expliciter mon propos sur le discours qui voile la réalité et le désir, voire la réalité du désir. Si j'ose, je le fais à la manière des chanteurs qui laissent au public le soin de finir les phrases. Public avec moi: « Cachez-moi ce sein que... »). Il aurait plus aussi citer l'inénarrable Trissotin qui lui ressemble par bien des points. Je ais pas encore au hasard, il aurait pu parler de l'Oronte du Misanthrope, poli, comme sait l'être un courtisan. En parlant de courtisan il aurait pu faire remonter les racines de la politesse à l'art de cour et citer pour se la péter Baldassar Castiglione ou encore plus loin et s'attarder sur le Moyen Age et parler de la fin' amor ou remonter le cours du temps et en revenir à l'Antiquité et citer, au hasard, Ovide et, encore au hasard, son Ars Amatoria... Mais comment critiquer ce que fait Val qui pourrait nous répondre:

« Je soutiens qu'on ne peut en faire de meilleur ;
Et ma grande raison, c'est que j'en suis l'auteur. »

Mais suis-je bête son propos n'était pas historique. Ne faisons pas comme lui et ne faisons pas semblant de ne pas comprendre. Ce qu'il voulait dire c'est que Molière/ La Fontaine/ Val même combat! Des gars bien et polis alors que les autres tous de la merde! C'est ce qu'il dit; mais poliment. Donc tout ce fatras de références mal digérées c'est pour répondre à ceux qui lui ont dit qu'il manquait singulièrement de couilles à commencer par le principal intéressé par toute cette affaire Siné qui le lui a écrit (pas très poliment) dans la dernière chronique qu'il a écrite dans les colonne de son propre journal, Charlie. Et d'ailleurs dans le numéro qui contient ce bel édito, Polac écrit que Charliesans siné c'est un peu comme les statues antiques sans leur bite... On y revient donc. A Charliemême le débat a donc tourné autour de la question: en avoir ou pas? Et au lieu de répondre sur le fond, Val préfère botter en touche et dire: « C'est pas très poli ce que vous dites là, les gars. Je ne débats pas avec des gens qui manquent de savoir vivre. » Et de nous faire ce bel édito, long à souhait, pour fustiger, férule en main, les malappris et les malpolis. Comme en plus il ne veut même pas répondre directement aux intéressés, il prend encore un détours en s'attaquant à internet et aux internautes tombeau du cerveau et de l'intelligence. Soit. C'est vrai pour certains. Toutes ces circonvolutions pour en arriver là! Il aurait pu juste répondre: « Oui j'ai pas de couilles et je vous emmerde parce que c'est moi le chef et qu'en plus BHL c'est mon ami! » Mais non il a même pas assez de couilles pour ça. Il préfère taper sur les internautes, masse informe et hétéroclite mais c'est plus facile de l'essentialiser et d'en faire l'archétype de la bêtise et de nouvelle menace qui pèse sur la civilisation. Il vient de trouver de la matière pour les 200 prochains éditos le prolifique Val. Il n'aura pas beaucoup à se fouler : il n'aura plus qu'à remplacer « musulmans » « islamistes » par « internautes ».

Quoi qu'il en soit, je préférais Charlie avec des couilles et du poil, n'en déplaise à Val. Je commençais toujours par lire la fin pour ne pas tomber sur les éditos de Val, n'en déplaise à Val. Ce que je lisais avec le plus de plaisir, c'était le Maurice et Patapon, n'en déplaise... Enfin voilà et la chronique qui l'explique le mieux, ça reste la chronique polie et allégorique de notre ami Cavanna sur le goût des pêches... A moins que l'allégorie ne soit qu'une création de mon esprit de lecteur. Tant pis, je veux l'y voir parce que j'ai envie de croire qu'il reste des gens bien à Charlie.

 D'ailleurs, si ce n'est déjà fait, allez lire la dernière chronique de Siné, que Val n'a pas voulu publier: une chronique couillue.

21.07.2008

Le BHL nouveau est arrivé

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On l'attendait comme on attend le beaujolais nouveau. On ne pouvait pas y couper, prisonniers qu'on est des traditions et des boîtes de com'. Comme toujours on se précipite, on goûte, on est déçu et on palabre pour savoir quel arrière goût il a. BHL a acquis cette force. C'est un produit que personne n'apprécie vraiment mais que tout le monde goûte par habitude et pour pouvoir en parler. Le dernier cru n'a rien d'exceptionnel. Toujours les mêmes tons dominants, toujours la même piquette. Il intervient en clarificateur, en phare, en guide du peuple dans cette affaire pour le moins trouble. « A ce degré de confusion, la mise au point s'impose - et, sine ira et studio, sans colère ni enthousiasme, le rappel des principes simples que l'on a, dans cette empoignade, tendance à perdre de vue. » Il intervient aussi en père la morale qui admoneste ceux qui ne pensent pas droit: il faut dire qu'il est philosophe; maître en dialectique. « Bernard-Henri Lévy est philosophe » précise, en fin d'article, Le Monde. Du haut de tout ça, il nous dit ce qu'on attendait qu'il nous dise. Ce que Siné a écrit est non seulement antisémite mais aussi raciste. Il s'intéresse surtout à la fin du texte. « Voilà un humoriste - Siné - qui donne à son journal une chronique où il dit, en substance, que la conversion au judaïsme est, dans la France de Sarkozy, un moyen de réussite sociale et qu'il préfère "une musulmane en tchador" à "une juive rasée" (sic) » . Le reste a peut-être été trop commenté et ne mérite pas qu'on s'y réfère. Il en saisit seulement la « substance » (heureux homme qui peut saisir la substance des choses) c'est-à-dire qu'il l'interprète éhontément et qu'il fait tous les raccourcis possibles pour servir son propos. Il en profite, avec la citation finale, pour élargir le débat et trouver une nouvelle casserole à accrocher à la charrette d'infamies déjà lourde du pauvre dessinateur. Cette citation lui sert aussi à sortir de cette ornière dans laquelle s'enlise le débat: le procès en antisémitisme ne relève-t-il pas souvent d'une rhétorique stalinienne de condamnation des opposants? Si Siné en plus d'être antisémite est raciste, ce débat indigne n'a plus lieu d'être et Siné devient juste un infâme salaud que même les bruns-rouges ou les islamos-gauchistes ne peuvent plus défendre, étant entendu que ces deux catégories défendent ardemment les victimes du racismes c'est-à-dire principalement les arabes et les noirs. Ensuite de débiter des platitudes et à faire des distinctions de bon ton sans jamais démontrer par des arguments que les propos de Siné relèvent plus de l'une ou de l'autre des catégories qu'il crée à l'envi. Ces propos qui devraient être au centre des débats et qui devraient être longuement décortiqués ont une place marginale, expédiés qu'ils sont en quelques mots, dans cette introduction que j'ai citée in extenso. Pourtant il se dit attentif aux mots. « Ce qui compte ce sont les mots. Et ce qui compte, au-delà des mots, c'est l'histoire, la mémoire, l'imaginaire qu'ils véhiculent et qui les hantent. Derrière ces mots-là, une oreille française ne pouvait pas ne pas entendre l'écho de l'antisémitisme le plus rance. » Mais il ne les cite plus ces mots. Il fait appel à l'oreille française pour entendre l'imperceptible musique de ses démons. Pourquoi ne cite-t-il pas ces fameux mots? Parce que littéralement ça n'apporterait rien, il se fait sophiste, scoliaste moyenâgeux pour nous révéler les sens paraboliques, étiologiques, analogiques, allégoriques, anagogiques et tropologiques du texte de Siné. C'est grâce à cette débauche de science exégétique qu'il peut nous révéler que Siné est indubitablement raciste et antisémite. Il faut dire que nous faisons partie du commun et que nous n'avons pas à cette compréhension supérieure des textes, prenons-en notre parti. « La distinction n'était pas si nette chez Voltaire qui était, comme chacun sait, raciste et antisémite. » Ah! Je l'ignorais presque ou du moins je ne l'aurais pas présenté avec le même aplomb. Je n'ai pas l'assurance de M. Bernard-Henri. « Comme chacun sait »: belle fadaise. Et c'est plein de cette même fatuité qu'il fustige « un vieil humoriste - qui, en effet, ne sait sans doute pas vraiment ce qu'il dit - » (sic). Et il reviendra plusieurs fois sur le gâtisme du vieil anar. Beau procédé argumentatif en vérité et plein de noblesse. Que de mépris pour le reste du monde quand on fait partie du Monde! Vous allez me dire que j'en fais des tonnes mais jamais je n'arriverai à la cheville de notre philosophe. Tout son texte déborde de pépites rhétoriques pour enseignants en collège. Sans parler des amalgames. Sarkozy devient Dreyfus, les soutiens de Siné deviennent par la force de l'évidence rhétorique des guesdistes et de voir des permanences partout pour fustiger ces antisémites qui s'ignorent et qui ignorent de quelle tradition ils sont le fruit. « Cet argument est dénué de sens, enfin, car il laisse supposer qu'un homme de gauche, un progressiste, serait immunisé, par nature, contre le pire : or on sait que, s'il n'avait, ce pire, qu'une vertu, ce serait de brouiller, pulvériser ce type de frontière et de provoquer, de gauche à droite, un chassé-croisé sémantique permanent, vertigineux, terrible (des fameuses "sections beefsteak", brunes dehors, rouges dedans, nées de l'entrisme communiste dans les organisations de masse hitlériennes jusqu'au recyclage, par l'islamo-gauchisme d'aujourd'hui, des scies de l'ultradroite, les exemples, hélas, abondent)... » Autre trait amusant « Il faudrait, ânonne l'opinion, veiller à ne pas tomber dans le conformisme d'un politiquement correct, voire d'une police de la pensée et du rire, dont le seul effet sera d'empêcher les humoristes d'exercer leur libre droit de se moquer de tout et de tous. » Oui l'opinion ânonne: soit on se dit que BHL nous prend pour des ânes (c'est la version négative et donc à proscrire) soit on se dit qu'il s'agit de la méfiance naturelle que les philosophes éprouvent à l'égard de la doxa, héritiers qu'ils sont de ce bon vieux Socrate. Quoi qu'il en soit l'opinion, pour lui, c'est nous. « Et si cette volonté de rire de tout et de tous, tranquillement, sans entrave, exprimait juste la nostalgie du bon temps de la blague à l'ancienne, bien grasse, bien salace, quand personne ne venait vous chercher noise si l'envie vous prenait de vous lâcher contre les "ratons", les "youpins", les "pédés", les femmes ? » Oui c'est peut-être ça la nostalgie de la bonne grosse blague grasse... Ignoble. Beurk. Notre nouvel Aristote veut faire oeuvre de salubrité et définir une nouvelle poétique à l'usage des humoristes, en grand spécialiste de la gaudriole qu'il est. Il définit les limites d'un nouvel humour moderne et policé. Il ne dit pas si ce nouvel humour est drôle mais une chose est sure c'est qu'il protégera ses auteurs de poursuites judiciaires c'est déjà pas mal... Et BHL de conclure son éditorial(?) sur un ton plus paternaliste que jamais pour tendre une main faussement secourable à Siné pour l'enjoindre à devenir un des chantres de l'humour moderne ou de pourrir dans les poubelles de l'Histoire. « Allons, Siné. Tu as encore le choix. Ou bien la répétition, le stéréotype, le même éternel retour du même humour de cabaret qui ne te fait, j'en suis sûr, plus rire toi-même - mécanique plaquée sur du vivant, ignominie couplée avec du cliché, gâtisme assuré. Ou bien changer de disque, inventer, te libérer et faire de ton humour l'aventure d'une liberté retrouvée et ajustée aux libertés du jour - jeunesse à volonté, talent, modernité. » Conseil agrémenté d'une citation qui doit trôner dans le top five des citations philosophiques concernant l'humour mais il fallait bien convoquer Bergson, c'est de bon ton... BHL remercie, dans le désordre, Voltaire, Bergson, Tacite (pour la citation latine), Balzac (pour le type de Rastignac), Walter Benjamin, Jean Louis Loubet del Bayle, Michel Foucault (pour sa contribution de dernière minute dans la conclusion du papier) mais aussi Dieudonné, Le Pen, Dreyfus, Alfonse Toussenel (que je ne connaissais pas personnellement alors que c'est un best seller!), Rothschild, Alain Badiou, Ulrike Meinhoff, et enfin Siné, Val, Jean Sarkozy et mademoiselle Darty qui ont tous été convoqués pour la confection de ce petit billet d'humeur.

Askolovitch déclare sa flamme à Val

9782070734030_1.jpgLisez ce panégyrique enflammé et donc ridicule qu'Askolovitch fait de Val dans un article du Nouvel Obs Hebdo daté du 17 juillet: "

Alors, jeudi 10 juillet, Philippe Val, le directeur de «Charlie», se lance. «Le «c'est Siné», ça ne passe plus. On a un problème. Ou bien on le résout, ensemble, et la rédaction condamne ce texte... Ou bien, désormais, c'est sans moi...» Sans lui ? «Charlie» sans Val, l'homme qui a redonné vie au titre en 1992 (voir encadré) ? Il ne plaisante pas. Il en a connu, des crises, mais celle-ci touche à l'essentiel. Val est un personnage à part dans la gauche culturelle. Un autodidacte à la culture livresque, aux philippiques frémissantes, qui somatise les conflits... Il a été chanteur, chansonnier, écrivain, libertaire... Par moments, à gauche toute, lançant son journal dans la lutte contre les tests ADN. Par moments, à la limite de l'atlantisme, ami des intellectuels droits-de-l'hommistes et des dissidents de l'islam, aimé des «néoconservateurs» français, pourfendant le «fascisme islamiste» et ses complices français, «les rouges-bruns»... Pro-israélien dans un milieu où la Palestine est un totem... «On ne touche pas à l'Etat d'Israël», revendique-t- il. Lycéen, il s'est passionné pour l'affaire Dreyfus. La question juive est son tabou absolu. Et Siné, qui aime tant frôler la limite, est l'antimodèle de Val...


A part ça, courageux; ses combats contre l'islamisme lui valent des menaces récurrentes, et une protection policière... Et ouvert, malgré ses pulsions de maître à penser. Val accueille dans son journal toute une gauche artistique qui ne pense pas comme lui. Il subit des conflits récurrents, à géométrie variable. Quand il lance «Charlie» dans la bataille pour les caricatures de Mahomet, tout le monde approuve, au nom de l'anticléricalisme. Mais quand il milite pour le «oui» au référendum européen, il se prend des volées de bois vert... Et se fait lyncher en interne, quand il soutient les bombardements de l'Otan au Kosovo ! Il y a les pro-Val, les anti-Val. Ceux qui ont quitté «Charlie» pour dire du mal de lui. Ceux qui écrivent contre lui dans le journal. Parfois juste
«pour le faire chier». Comme Siné. «Siné aime avoir un adversaire de la taille de Philippe», dit Charb... Il ne faut pas entrer dans les histoires de famille... On est presque gêné, ça ne regarde personne. Mais là, on est forcé. Car, au bout de cette histoire, Siné sera viré, et «Charlie» déchiré... Un dénouement inéluctable, puisque «Charlie» ne peut pas être antisémite, puisque Siné ne comprendra pas qu'il a eu tort et que sa diatrible pouvait détruire le journal."

 Lisez aussi le reste de cette immondice et vous verrez ce qu'on peut faire en terme de portraits antithétiques. Admirez les hyperboles quasi épiques et le manichéisme comme plus personne n'en fait à part peut-être ceux qui rédigent les discours de Bush...

20.07.2008

Sur un air de déjà vu

touchetoi.jpgSOS Racisme s'est fendu d'un communiqué de presse étrange sur l'affaire Siné. Étrange parce qu'il ne concerne pas prioritairement le texte de Siné et son contenu, supposé antisémite, mais les suites qu'il a occasionnées. Son premier but, clair, est de venir en aide à Val. Siné présente ses témoins de moralité et Val les siens mais le jeu est inégal surtout si on y ajoute le poids de la LICRA. C'est sûr que l'affaire prend de l'importance et qu'il fallait que ces deux mastodontes se prononcent, raccrochant tant bien que mal les wagons. Je ne condamne par ailleurs pas le fait qu'elles s'émeuvent de la tournure que prennent quelquefois les débats, c'est leur job et leur engagement. En même temps chaque affaire de cet acabit attire des délirants et des malveillants. Chaque affaire est l'occasion de tels déchaînements. Raison de plus de ne pas crier au loup à tout bout de champ: ça exacerbe les crispations diverses et ça crée un climat propice au développement de l'antisémitisme et du racisme. Ce que les associations devraient condamner c'est que l'on galvaude le terme d'"antisémite" et qu'on l'utilise à tort et à travers, surtout dans des affaires de règlement de comptes. Au lieu de cela elles soutiennent sans condition Val, qui est à l'origine de cette pathétique affaire et des développements (logiques) qu'elle a eus. On n'est pas loin du moment où une attaque contre Val va être assimilée à une attaque antisémite pure et simple. J'exagère à peine. Bien sûr, il doit y avoir, dans le nombre de ceux qui se sont exprimés sur cette affaire, des antisémites ou des crypto-antisémites et surtout des gens qui se laissent aller à des débordements divers mais cela ne dit rien sur qui a tort ou raison de Val ou de Siné et ce n'est pas cela qui doit faire pencher la balance du côté de Val. D'ailleurs les crypto-antisémites sont vite repérés puisque, selon le communiqué, ce sont ceux qui se travestissent sous les atours de l'antisionnisme. On est pas à un amalgame près, après tout. Même si on est prêt à reconnaître que certaines réactions dépassent allègrement les limites, est-ce une raison pour occulter le départ de cette affaire et l'accusation injuste proférée à l'encontre de Siné et son licenciement sans ménagement? On devrait toujours revenir aux termes du litige et oublier les développements annexes. Sans cela on retombera dans un énième débat stérile faisant intervenir les mêmes acteurs qui se font face depuis toujours et qui ne font qu'attiser et nourrir les polémiques. D'ailleurs on attend impatiemment un libelle de notre ami BHL pour soutenir son camarade de lutte Val. Quant au grand spécialiste de la politique internationale de France Culture, Alexandre Adler, il s'est déjà prononcé avec la nuance et la mesure que nous lui connaissons sur une affaire toute nationale voire toute parisienne... La politique internationale vue par le petit bout de sa lorgnette. Enjoy.


Alexandre Adler - Dieudonné & Siné
envoyé par agoracitoyenne

 

18.07.2008

Siné viré pour "Valophobie"

803894-964283.jpg?v=1216117187Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage. Remplacez "rage" par "antisémitisme" et vous avez un condensé de l'affaire qui oppose Val à Siné. Faut dire que la recette a fait ses preuves et beaucoup en ont été victimes de Chomsky à Mermet en passant par légion d'autres et jusqu'à ce pauvre Enderlin qui n'est pas connu pour être un gauchiste antisionniste patenté... Apparemment la sagesse populaire dit vrai et ils sont bien sages ceux qui y prêtent une oreille attentive. Val en fait partie. Sauf qu'il le fait encore une fois de manière grossière comme quand il cite Platon sans l'avoir compris... L'accusation ne tient pas une seconde parce que le texte sur lequel elle s'appuie est irréprochable et la personne à laquelle il s'attaque est elle aussi irréprochable. Les soutiens et autres protestations n'ont pas tardé et vont aller grandissant.

 

« Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l'UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n'est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! »

 

Sans le flair d'Askolovitch, journaliste dans quasiment tout ce qui se fait en terme de média de masse, on n'y aurait vu que du feu mais Claude est un fin limier. Là où, nous, on voit une critique de l'arrivisme du jeune Sarkozy, qui parvient à 21 ans à se faire élire, à se faire relaxer dans une affaire qui aurait fait chuter n'importe quel citoyen lambda et à se faire épouser par une riche héritière, Askolovitch, lui, voit de l'antisémitisme parce qu'on précise que la fiancée est juive et accoler la judéité et l'argent c'est faire un amalgame antisémite. CQFD. Il fera du chemin ce petit Askolovitch!

 

L'affaire est limpide. Je crois qu'il n'a échappé à personne que Val et Siné n'ont jamais eu d'atomes crochus et qu'ils sont en désaccord complet sur un certain nombre de choses... L'affaire Denis Robert en est une, un épiphénomène, et la question Palestinienne en est une autre, plus fondamentale... Siné ne rampe pas devant le chef et, circonstance aggravante, il a une grande gueule qu'il n'hésite pas à ouvrir. Val aime la liberté d'expression quand c'est lui qui s'exprime. Il veut la peau de Siné. Askolovitch a été un excellent porte flingue... Vous connaissez la suite. J'arrête parce qu'on va m'accuser de conspirationnisme.

 

Val, depuis qu'il est arrivé à Charlie, a fait bien du chemin puisqu'il en a désormais le contrôle quasi total. Il court après la respectabilité et a toujours eu beaucoup de mal avec ces vieux anars pourris qui font des vannes pas toujours très fines et passent leur temps, comme de grands gamins, à provoquer la terre entière. L'irrévérence, il aime pas trop ça, sauf quand il s'agit de conchier des victimes déjà à terre et qui ont le mérite de faire l'unanimité des médias et des pouvoirs contre elles. Là, il vole au secours de la victoire, fier d'avoir hurlé avec la meute et d'avoir fait des « coups » comme L'Express ou le Point ou autres saloperies sensationnalistes qui mesurent leur efficacité de journalistes au nombre de reprises et de citations ou au nombre de torchons vendus. Par contre il travestit ça en lutte courageuse contre l'obscurantisme, le fanatisme et tous les ennemis de la démocratie et de la liberté. Toutes les valeurs nobles et médiatiques ont trouvé en lui un défenseur acharné. Il s'imagine que ses éditos abscons et truffés de références qui puent la prétention et surtout l'approximation sont attendus, lus et qu'ils forment les consciences. Mégalomanie et crétinisme des Alpes.

 

L'esprit Charlie, il s'en bat les couilles. Maintenant Charlie c'est lui. Le nouveau Charlie sera bien pensant et citera les pré-socratiques, il défendra de grandes causes et fera des références incessantes aux « Lumières ». On est loin du « bête et méchant ». Respectabilité. Les « vieux » de Charlie continuent à faire leur petites rubriques et leurs petits dessins mais ils ne sont là que comme des reliquats de l'ancien temps. Tous les petits nouveaux semblent choisis par Val et l'esprit Charlie se meurt peu à peu. Les lecteurs sont déboussolés et se plaignent mais Val les prend de haut et se pose en victime. Si tu voulais un lectorat plus policé, il fallait écrire au Figaro! L'autocritique? Jamais appliquée à sa petite personne. A aucun moment il ne s'est dit qu'il n'était pas à sa place et qu'aux yeux des premiers abonnés il n'était pas légitime.

 

Il y a une pétition pour soutenir Siné... A quand la pétition pour libérer Charlie Hebdo? Val trouvera bien à se recaser. D'ailleurs il est plus que présent dans les autres médias et pour sûr il ira loin ce petit Val!